Molécules Aromatiques, Soins de l’Ame et le Voyage Alchimique.

Le 1 Octobre 2016

Cet article est fondé sur le travail et les leçons enseignées ces deux dernières années en collaboration avec Florian Birkmayer : c’est autant son œuvre que la mienne.

‘’Nous avons tous quelque chose à apporter au processus de guérison globale, une manière de voir, ou un don particulier, une compétence où une chanson. La guérison individuelle doit beaucoup au fait de trouver ce don et de l’utiliser pour le bien du monde, de trouver notre mélodie et de la chanter’’.

Miriam Greenspan, Healing Through the Dark Emotions.

Il m’a fallu de nombreuses années pour me sentir enfin légitime à chanter ma chanson.
La situation de l’herboristerie en France où j’ai appris est très précaire. Les français ressentent encore le lourd fardeau de la chasse aux sorcières en Europe, un fardeau qu’ils ont préféré cacher sous la table plutôt que d’y faire face.

Il y a eu plus de femmes exécutées en France que n’importe quel autre pays européen, ce qui a maintenant un lourd impact sur le subconscient : La peur d’être ‘pendu et brûlé’ sur la place publique pour avoir fait des soins à base de plante fait toujours partie de l’inconscient collectif français et représente une peur réelle pour beaucoup de gens. C’est la raison pour laquelle, l’école ou j’ai reçu mon enseignement s’est focalisée sur des informations aux données scientifiques et à des cas cliniques. Bien que ce soit toujours illégal, ça leur permet, eux et leurs étudiants, se sentir plus en sécurité.

J’ai donc passé mes premières années à travailler et à enseigner l’herbalisme avec le sentiment que moi aussi je devais me conformer à ce qui était considéré comme la ‘pratique d’usage’. Je ne suis pas contre la science et la recherche, mais je suis contre un système qui en fait la seule forme de ‘savoir’ valide et accepté.
J’ai toujours senti que ma chanson personnelle avait pour mélodie les déséquilibres subtils et sous-jacents, de ce manque de vitalité dans la maladie.
Quand je rencontrais des patients, mon attention se portait leur état émotionnel et spirituel. Comment pouvais-je les aider dans leur douleur, leur tristesse, leur colère ou leur confusion ? Comment pouvais-je les aider à atteindre leur véritable potentiel ? Quelle profonde cicatrice généalogique les influençait depuis des générations ? Voilà les questions que je me posais.

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Une autre question que je me suis posée pendant des années était :’’comment connaitre véritablement une plante ?’’. Cela ne me paraissait pas suffisant de réduire ma relation avec les plantes à une connaissance de leurs constituants chimiques. Je savais qu’il y avait autre chose.

Les années suivantes, avec l’expérience et la confiance, j’ai commencé à m’autoriser à suivre ma voie, aidée par un entrainement intensif en kinésiologie énergétique et en communication avec les plantes.

J’étais de plus en plus capable de sentir et ressentir la direction que je devais prendre et comment guider les gens par mon travail en tant qu’herbaliste et enseignant.
Depuis, la clé majeure de mon propre chemin s’est révélée il y a un peu moins de deux ans.
C’est ce dont je veux parler dans cet article, car c’est ce qui a composé la vaste majorité de mon travail depuis 2014.

Il peut paraître magique et inopiné que la structure me permettant de réellement endosser mon art survienne dans ma vie en même temps que le décès de ma mère, le diagnostic de mon cancer, la rencontre avec mon âme sœur et le changement de continent.

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Comme je l’ai dit précédemment, je commençais à ressentir que je n’avais pas d’autre choix que de suivre ma véritable vocation, ma dance.
Pourtant, l’approche subtile, énergétique des choses peut parfois manquer de clarté structurelle dans la manière de procéder.
Attirée par l’approche alchimique de C.G Jung, j’ai commencé à y voir un canevas auquel je pouvais me référer et dont je pouvais me servir comme base de mon travail avec les soins à base de plantes, ainsi que le voyage intérieur vers la plénitude.
Quand je dis ‘le voyage vers la plénitude’, je fais référence à mon propre cheminement.
J’ai véritablement et récemment appris dans chaque cellule de mon corps que le chemin du guérisseur blessé (un terme utilisé par Jung lui-même) est primordial pour quiconque est versé dans l’art de la guérison.

‘’Le guérisseur blessé EST l’archétype du Soi, et est à la base de toute véritable procédure de soin.’’ . Marie-Louis Von Franz.

C’est en voulant panser mes propres blessures et grâce à mon intime et authentique relation avec les plantes qui m’aident à guérir, que je parviens à un effet simultané vers le monde extérieur.
C’est par cet engagement à l’amélioration et au soin personnel intérieur que la transformation de mes blessures lourdes ‘plombantes’ en expansion de conscience, que peut avoir lieux la transmutation de mon histoire personnelle et de mon message de guérison en or intérieur.

C’est grâce à ce voyage que je suis capable de travailler avec authenticité avec les plantes : avec l’expérience de ma relation avec elles.

La vie nous entraîne par de multiples détours, et il faut parfois plusieurs mois voir années pour que nous puissions ‘voir’ les raisons profondes de ces méandres du destin. J’ai toujours été poussée vers les essences, l’aromathérapie et les odeurs sans efforts conscients : On m’a demandé de traduire des cursus d’aromathérapie, d’écrire un livre sur le sujet, de planter plusieurs jardins aromatiques etc.

Aujourd’hui, je réalise l’importance des plantes aromatiques dans mon travail avec la psyché.

Les huiles parfumées et les plantes aromatiques ont été utilisées pendant des milliers d’années pour modifier les états de l’esprit.
Tout autour du monde, des formules aromatiques compliquées et souvent secrètes ont été régulièrement utilisées dans les cérémonies religieuses. La bible a plus de deux cent références à des huiles parfumées, des encens et des substances aromatiques utilisées pour la guérison de l’esprit, du corps et de l’âme.

Les molécules de plantes aromatiques sont un élément important de l’approche bio-psycho-sociale-spirituelle-environnementale de la guérison. Elles peuvent être d’intimes alliées dans la transformation personnelle par le réveil des sens et la reconnexion de l’humain à la conscience de l’écosystème dont ils font partie.

Si nous admettons de voir un instant tout notre écosystème comme un système unique dans lequel les différents participants que sont les plantes, les animaux et les humains sont en constante, bien qu’inconsciente, communication, alors, les molécules aromatiques volatiles trouvées dans les plantes peuvent être vues de façon analogues à ce que sont nos neurotransmetteurs, les neuro-hormones dans ce système qui est le plus vaste parmi toute les autres espèces.

Les molécules aromatiques réveillent les sens et la conscience. Elles sont véritablement les ‘molécules de la connectivité’. (1)

Dans cet article, les extraits de plante aromatiques auxquels je ferai référence sont souvent sous forme d’hydrolats ou d’huiles essentielles. Les hydrolats mentionnés sont dans la plupart des cas ceux que nous avons fait nous même à partir de plantes locales. Les huiles essentielles sont de la meilleure qualité possible et choisies à partir de leur plus haute valeur énergétique et aromatique. Quand on travaille avec l’esprit et les émotions une simple inspiration d’un flacon sera tout ce dont il y aura besoin dans la plupart des situations. ‘Moins pour plus’ d’une certaine façon.

Je recommande de choisir les meilleurs hydrolats possibles et les huiles essentielles à partir de fournisseurs s’y connaissant plutôt que de prendre des produits issus de distillation générales et récoltés non éthiquement. Je suis très chanceuse, car mon mari a le nez le plus fin qu’il m’ait été donné de rencontrer, et ensemble nous achetons nos huiles chez John Steele, qui parcours le monde à la recherche des expressions de plantes aromatiques les plus pures chez les petits artisans et producteurs.

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Durant l’apprentissage de l’herbalisme, ou de tout domaine médical, on nous enseigne l’anatomie du corps humain et comment fonctionnent les organes, les systèmes corporels qui sont plus ou moins les mêmes pour tous.

L’esprit, les émotions et l’âme sont des domaines qui sont bien moins définis, bien qu’ils aient aussi la même composition pour chacun.
Ils ne peuvent être réduits matériellement, mais sont bien plus expansifs, et disposent en tout état de cause d’une composition particulière.
La psyché est un système qui s’autorégule et qui est toujours en recherche d’homéostasie tout comme le reste de notre organisme.

La psyché cherche à évoluer dans un processus que Jung appelle ‘l’individuation’, qui est le parcours de l’ego vers l’Etre.
L’Etre avec une majuscule inclue la somme de tous les aspects de la psyché et son potentiel optimum.

La guérison n’est-elle pas la quête de l’être vers son plein potentiel ? Tout comme, par exemple, les reins peuvent être divisés en différentes parties tels que la capsule rénale, le cortex, le néphron, la médullaire etc.
Il en va de même pour la psyché.

L’ego peut être vu comme la représentation de l’esprit, des pensées, des mémoires et des émotions dont une personne est consciente, incluant les sentiments d’identité et de continuité. Elle nous aide à créer un lien entre le monde intérieur et extérieur. Toutes les informations existent dans la psyché dans son ensemble, et l’ego agis comme un filtre individuel en sélectionnant les informations importantes dans l’environnement et abandonnant le reste dans l’inconscient.

L’inconscient personnel consiste en tout ce que nous connaissons mais ne portons pas à notre attention sur le moment : tout ce que nous avons connu, mais que nous ne pouvons à cet instant rappeler consciemment.

L’inconscient collectif peut être vu comme une banque de donnée universelle avec laquelle tout le monde nait : Les mythes peuvent être considérés comme des émanations de l’inconscient collectif.

Les plantes aussi ont une psyché et un inconscient collectif.

En faisant connaissance avec l’anatomie de note propre psyché ainsi que celle des plantes, notre relation avec le monde végétal change drastiquement.
Il y a une différence entre apprendre les propriétés d’une plante, et apprendre ce que sait une plante.
C’est grâce à la communication avec les plantes, une approche profonde, holistique, universelle et à la fois totalement individuelle, que nous pouvons apprendre ce que sait une plante.
Au fil de mes voyages intérieurs, j’ai pu voir que le paysage de ma psyché est la nature, et que mes guides sont les plantes et les arbres. Dans cette relation authentique et très vivante, les plantes nous enseignent qu’elles ne sont ni philosophie, ni mysticisme.
Ce sont des êtres vivants impliqués dans nos vies depuis que l’humain est sur terre. Il nous faut juste nous en re-souvenir.
Lorsque l’on apprend à communiquer avec les plantes, on apprend à écouter leurs voies à l’intérieur de nous, nous apprenons à entendre quand elles appellent.
Les plantes sont conscientes du fait qu’elles existent dans le temps et l’espace ;

‘’Elles ont des moyens pour prendre toutes les données sensibles qu’elles assemblent dans leurs vie quotidienne…les intégrer, pour ensuite se comporter d’une façon appropriées en réponse. Et elles le font sans cerveau, ce qui, d’une certaine façon, est ce qui est le plus incroyable, car nous supposons automatiquement que nous avons besoin d’un cerveau pour gérer l’information.’’
Michael Pollan (2)

Pollan dit que les plantes ont les mêmes sens que les humain, et peut être d’autres en sus.
En plus de l’ouïe et du goût, elles peuvent par exemple sentir la gravité, la présence d’eau, où même sentir qu’une obstruction est sur le chemin de ses racines. Avant d’entrer en contact avec un obstacle, les racines de plantes vont changer de direction pour les éviter. Les plantes peuvent s’entendre être mangées (3).

Comment les plantes sentent et réagissent est toujours du domaine de l’inconnu. Elles n’ont pas de cellules nerveuses comme les humains, mais elles ont bien un système, pour envoyer un signal électrique et même produire des neurotransmetteurs, comme la dopamine, la sérotonine et d’autres molécules que le cerveau humain utilise pour envoyer des signaux (4).

L’inconscient collectif contient les réponses de chaque plantes à son environnement (sol, air, luminosité et eau) et leurs variations (météorologie, modification d’humidité et de sol). Dans l’inconscient collectif des plantes se trouve l’information des pollinisateurs (abeilles, vent et pollens), des maladies mais aussi de la santé des plantes (5).

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Les plantes sont un élément vital du royaume inconscient et elles sont la clé du monde vivant. Toutes les créatures ont besoin de la chimie végétale pour survivre.

Les plantes constituent la plus grande pharmacie mondiale. Elles fabriquent tous les éléments essentiels à la vie sur terre. Pour autant que leur apparence physique soit un élément vital, leur conscience l’est tout autant.

Je me suis toujours demandé pourquoi nous oublions, lorsque nous faisons la liste de tout ce pourquoi nous avons besoin des plantes (le logement, la nourriture, les soins, l’habillage, le chauffage), que notre relation avec les plantes, les arbres et la nature est certainement l’un des aspects primordial de notre santé et surement l’une des raisons pour laquelle notre société moderne, coupée des plantes, souffre autant.

La déconnection que nous ressentons est une séparation autant physique que dans la psyché avec le monde naturel.

Lorsque l’on arpente le chemin intérieur, le but n’est plus de choisir une plante pour guérir sur la base des symptômes de l’ego, mais d’apprendre à puiser dans le royaume inconscient pour se lier à la conscience de la plante en tant que partenaires et s’ouvrir à son intelligence et sa sagesse vivante.

La déconnection dont j’ai parlé, je pense, nous a amené à ne plus être capable de sentir la façon dont vibre le monde vivant. Nous avons oublié que la vie ne se résume pas simplement à exister, à accumuler des richesses matérielles et des statuts.
Vivre, c’est honorer le lien entre les êtres.
Les plantes sont gouvernées par leur âme collective. Quand vous communiquez avec un chêne, ils sont tous au courant.
Leurs psyché est omniprésente. Nous sommes ensuite capables de nous connecter à eux continuellement.

L’ego essaie souvent de nous dire que ce qui est dans l’inconscient n’est pas important où sans signification, mais une autre façon de voir est de permettre aux informations de l’inconscient, ‘les royaumes invisibles’, d’émerger et de devenir conscients. De cette façon, nous pourront entrer dans cette authentique et sensuelle relation avec la conscience de la plante qui est unique et profondément enracinée en chaque individu.

Les plantes m’ont toujours révélé leur sagesse quand j’en avais le plus besoin. Elles portent des messages qui changent instantanément, qui ouvrent et qui exposent de profonds complexes prêts à être transformés.

Communiquer avec les plantes implique une modification de conscience, un subtil changement de perception, une ouverture de la porte du cœur et de l’authenticité. De la même façon que les enfants de nos jours naissent avec la capacité innée d’utiliser des ensembles informatiques avec facilité du fait qu’ils existaient avant leur naissance, nous avons, nous aussi, la connaissance des plantes dans notre ADN car elles étaient sur terre une centaine de millions d’années avant les humains. Communiquer avec le monde des plantes réactive ses signatures dans nos corps, tout comme une réinstallation de programme qui existe déjà dans notre inconscient collectif. Ceci nous permet de regagner notre place naturelle comme partie intégrée plutôt que simple consommateur.

J’ai toujours entendu les gens parler l’alchimie. Dans le monde ancien des soins végétaux, des sujets comme la spagyrie ont toujours eu un contenu empreint de mysticisme qui m’intriguait bien que je n’y connaisse pas grand-chose. J’ai acheté un livre sur la spagyrie avec l’idée de faire des remèdes alchimiques.

Mais ce ne fut pas avant que j’étudie le travail de Jung et de ses interprétations des étapes alchimiques basées sur les niveaux psychologiques que j’ai véritablement trouvé la structure qui prenait tout son sens.

Jung as lu tout ce sur quoi ses yeux pouvaient se porter en termes d’anciens textes alchimiques. Il a apporté une attention particulière aux rêves des anciens alchimistes et a senti qu’il y avait un royaume intérieur à ce processus extérieur qui consistait à changer le plomb en or. Quelque chose que la plupart des alchimistes conservait en secret ou pour lequel ils n’avaient pas de mots. Jung a considéré le processus alchimique comme un modèle de transformation de tous les aspects d’un être.

Les corps émotionnels, mentaux et spirituels se transformant totalement par cycles.

La structure alchimique que je vais détailler étapes par étapes ci-après nous donne un canevas de travail. De cette façon nos sois disant états d’âmes négatifs peuvent être compris et acceptés comme faisant partie intégrante du processus visant à devenir plus complet, où entier. C’est un véritable soulagement de trouver enfin un système qui inclue une définition active de la santé.

Plutôt que la bonne santé soit simplement l’absence de maladie, la santé optimale est vue comme le cheminement de l’ego vers l’Etre, l’individuation.

Parallèlement, la structure fournis des outils permettant de réaliser une relation bienfaisante avec les plantes qui nous accompagnent dans ce voyage.

Afin d’atteindre la plénitude et de se souvenir que le chemin est plus important que la destination, nous devons nous confronter à nos inconscients personnels et collectifs, mais aussi à notre Ombre.

C’est au travers les étapes suivantes que les plantes et nos psychés peuvent se révéler et danser ensemble.

CALCINATIO

C’est la première étape qui implique de la résistance et de la friction, comme le frottement entre deux bâtons, qui finissent par allumer un feu, produisant la cendre blanche ‘des choses qui demeurent.

Cette étape peut se comprendre comme étant la formation d’énergie nécessaire à la transformation de l’égo. Nous construisons souvent des structures de survie, des murs d’ego pour nous protéger de l’inconscient, pour ne plus avoir à faire face à nos peurs les plus enfouies.
Fréquemment, ces structures sont érigées pendant l’enfance à l’occasion d’évènement effrayants ou traumatisants. Il vient ensuite un moment où elles ne sont plus une aide et le seul moyen pour la psyché de se réguler est alors l’incinération de ces vieux schémas dépassés. Cela peut être une profonde colère où une manifestation de rage.
Dans mon cas, la première fois que j’ai été capable d’identifier cette étape du processus, c’est la peur qui a initié le feu intérieur. Ma blessure profonde personnelle est liée au rejet et à l’abandon. C’était une étape de ma vie où mon esprit savait qu’il était au bord d’une immense avancée, mais pour avancer dans cette nouvelle vie, je devais me risquer à faire face à mes plus grandes peurs de rejet et d’abandon.

Pendant plusieurs semaines, j’ai travaillé sur ces sentiments physiques. Une peur très puissante tordait mes intestins. J’ai tenté bravement de la ressentir pleinement, c’était parfois trop et je devais me retirer, baisser la température. C’est là que j’ai utilisé les plantes aromatiques sous la forme d’hydrolats et d’huiles essentielles pour dompter le feu. Instinctivement j’étais attirée par ces arômes qui rafraîchissaient et diminuaient l’intensité. La Rose (Rosa sp) a permis au cœur de soutenir le travail, l’helichryse (Helichrysum italicum) a calmé l’intensité émotionnelle et le basilique sacré (Ocimum sanctum) allégeait les émotions stressantes et me permettait de me relaxer.
Les hydrolats de ces extraits sont magnifiques, la matière étant une métaphore, comme la brume humide aspergée sur le visage créant un micro climat et changeant instantanément l’énergie qui tombe alors avec les gouttelettes sur le visage.

Ce processus de ‘mise en chauffe’ a pris quelque jours et enfin, une nuit, le feu s’est amplifié, c’était le bon moment, et cette fois ci, il ne pouvait plus y avoir de retour en arrière et il était trop tard pour les hydrolats calmants.
Je n’avais pas d’autres choix que de permettre au processus de se dérouler.
J’ai cru mourir, mais je savais que je devais aller jusqu’au bout cette fois ci. Le besoin de séparer le pure de l’impur, le permanent du superficiel était devenu plus fort que tout autre chose.

Toute la nuit le feu a brûlé, et au matin, je pouvais juste sentir au creux de mon ventre les braises de ce qui avait été autrefois celle que je pensais être moi.

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Dans cet exemple, je n’avais pas besoin de mette d’huile sur le feu pour l’encourager à brûler, où de monter la température.
Pourtant pour certains voyages, c’est nécessaire.
Les personnalités moins flamboyantes où ceux qui se retiennent peuvent définitivement avoir besoin qu’on les aide à vraiment ressentir l’intensité des émotions, pour que leur énergie puisse être transformée. Dans ce cas, des aromatiques très chaudes comme le thym (Thymus vulgaris), l’origan (Origanum marjoranum) la sarriette (Satujera montana) peuvent apporter une aide. Si vous goûtez ces plantes, elles sont extrêmement chaudes, brûlantes pour le bout de la langue. Dans les huiles essentielles de ces plantes, la chaleur qui proviens des phénols, est intensifiée par le processus de distillation, et une simple inspiration peut démarrer ‘la montée en température’’.

Les gens dont le tempérament est déjà ‘bilieux’ (chaud et sec) ou ‘sanguin’ (chaud et humide) s’ils utilisent ces huiles et que la chaleur est trop élevée, peuvent souvent se sentir encore plus en colère et plus volatils que d’habitude.
Ce besoin de chauffer quelque chose pour le transformer peut aussi s’appliquer au corps physique, comme dans le cas de fièvres. La fièvre fait partie du système de défense du corps. Elle a pour but de ralentir la croissance des bactéries ou des virus à l’origine de la maladie, en générant un environnement défavorable à leur croissance. Plutôt que de réduire catégoriquement la fièvre, il est souvent préférable de la laisser s’exprimer et dans certains cas même de l’encourager.
Après tout, quelque chose doit bien être brûlé.

Les Indiens d’Amérique utilisent des huttes de sudation pour accélérer le processus de CALCINATIO, à la fois d’un point de vue physique mais aussi spirituel/ émotionnel.
Les plantes réchauffantes ou sudorifiques comme le gingembre (Zingiber officinalis), l’achillée (Achillea millefolium), le piment de Cayenne (Capsicum annuum), le sureau (Sambucus nigra), la sauge (Salvia officinalis) font partie des plantes pouvant faire ressortir la chaleur.

Calcinatio intègre aussi un processus d’assèchement. La chaleur évacue les poches d’humidité, les processus inconscients qui nous empêchent d’avancer vers la plénitude. Ce processus d’assèchement peut aussi s’associer à des désordres physiques, tels que des œdèmes, de la rétention d’eau. Etre physiquement détrempé, lessivé, peut avoir son origine dans les complexes de l’inconscient emboué qui a besoin d’être asséché et purgé de son humidité.

J’ai déménagé dans le désert peu après avoir traversé ce processus et j’ai toujours souffert de rétention d’eau dans mes membres inférieurs. Je suis sure qu’à travers le processus de CALCINATIO de mon propre voyage intérieur et le CALCINATIO amorcé par l’environnement désertique –car le désert assèche tout ce qui est superficiel – Ces émotions inconscientes détrempées qui se reflètent dans la rétention d’eau de mes jambes ont été évaporées.
Une fois que le feu est fini, il nous en reste les cendres, qui sont ensuite dissoutes dans l’eau pour former un ‘élixir’, ce qui en arabe signifie littéralement, ‘issu des cendres’.

Cette seconde étape est connue sous le nom de DISSOLUTIO

‘Psychologiquement, cela représente un effondrement encore plus avancé des structures artificielles de la psyché par une totale immersion dans l’inconscient, l’irrationnel, le féminin où les parties rejetées de nos esprits’ (6).

Souvent après l’étape CALCINATIO, il y a un relargage des émotions qui ont été préalablement retenues ou camouflées. Elles sont maintenant libres de s’écouler hors de l’inconscient. Accéder à ces émotions enfouies, permettre aux barrières de se dissoudre pour qu’elles puissent être ressenties est important car elles sont essentielles au bien être de l’âme.
C’est ce sentiment de dissolution des remparts qui est nécessaire à la création pour qu’elle se manifeste.
Accepter nos émotions reviens à honorer notre âme.
Leur permettre de s’écouler créativement en tenant un journal, en dansant, en peignant, en pleurant où en rêvant sont des façons de nettoyer et de se libérer de ces sentiments profonds.
C’est une étape où la structure et la forme sont moins critiques. C’est important de ressentir, mais pas nécessairement de comprendre intellectuellement.
Le côté humide de cette étape correspond plus aux hydrolats et aux bains aromatiques. Le bain peut être une métaphore du ventre créateur, pour se délivrer et s’autoriser à laisser émerger les émotions de peine et de douleur enfouies.
Il est important de se souvenir que le but derrière la ‘libération’ d’émotions douloureuses est de délivrer les énergies bloquées et de se ré-aligner sur le voyage en direction de la plénitude.

Cette ‘libération’ est reflétée par un besoin de relaxation physique, où, là encore, les bains aromatiques ont toute leur place.

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Des fleurs aromatiques telles que le jasmin, les fleurs d’oranger, l’ylang-ylang, la camomille, la lavande et les roses nous aident à nous fondre dans ces sentiments.

Elles peuvent être ajoutées au bain sous forme de pétales, où de quelque gouttes de leurs huiles essentielles (où d’absolue dans le cas du jasmin) associées à du gros sel de mer puis ajouté au bain. Il est alors temps de s’immerger dans les eaux aromatiques avec quelque chandelles, et de permettre aux molécules volatiles, l’entrée de votre organisme.

Au travers de l’odorat et de la peau, ces odeurs aident à induire le sentiment d’être emmailloté et de dissolution dans un royaume de rêves inconscients.

Recette pour un bain au miel voluptueux

Cette recette peut être utilisée pour un bain rituel pour le relâchement d’émotions profondes :

  • 350gms/12oz miel
  • 200g/7oz gros sel de mer
  • 100g/3.5oz bicarbonate de soude
  • 3 litres/100fl.oz lait entier bio
  • 60ml/2fl.oz huile d’amande douce
  • 30 gouttes des huiles essentielles mentionnées ci-dessus, où d’autres vers lesquelles vous êtes attirés.

Mélangez les huiles essentielles, l’huile d’amende douce, le bicarbonate de soude et le sel. Mélangez doucement le miel au lait, puis ajoutez au reste puis finalement au bain.

Allumez des bougies et laissez-vous vous relaxer profondément dans le bain, permettez à l’esprit de se laisser aller et notez les émotions que vous ressentez dans votre corps. Permettez qu’elles surviennent sans essayer de les comprendre où de leur chercher une raison.

Ensuite, enveloppez-vous dans une épaisse serviette chaude et reportez, où laissez simplement votre main écrire sans engager l’esprit, et laisser venir ce qui vient (écriture automatique).

La troisième étape de ce voyage intérieur alchimique est connue sous le terme de COAGULATIO.

On nous rappelle que finalement, nous ne pouvons rester éternellement dans l’état de flottement rêveur de dissolutio, qui d’une certaine façon, est ce que tentent de faire les personnes dépendantes de certaines drogues.

Il nous faut réintégrer notre corps et ses contraintes.
Il nous faut intégrer la libération et la croissance des énergies dont nous avons eu l’expérience aux deux précédentes étapes.
L’existence, être dans son corps, est coagulatio. Les alchimistes considéraient cette étape du processus comme étant celle qui transmute quelque chose en terre.

Psychologiquement, c’est la phase d’enracinement et d’incorporation. C’est pesant et permanent.

Pour certaines personnes, cette étape peut devenir prépondérante. Ceux-ci peuvent être intraitables, bornés, rigides et n’avoir aucune souplesse, cramponnés au succès matériel, au matérialisme avec cette notion de ‘c’est comme cela et pas autrement’.

Dans cette situation, il faut encourager l’expérience dissolutio, et l’usage des odeurs mentionnées précédemment peut se montrer pratique.
Dans beaucoup de situations de notre société actuelle, le problème est plus dû à un manque d’enracinement, de ne pas suffisamment occuper son corps.

J’en ai parlé en détail et les plantes pouvant aider à l’enracinement sont dans un article sur mon blog (7). 

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Les plantes sont un parfait symbole de coagulatio en ce qu’elles transforment la lumière en ‘ structure corporelle’ par la photosynthèse. Elles permettent alors à tous les autres êtres, tels que les animaux et les humains, de se ‘nourrir’ de cette lumière transformée en matière, afin qu’elles aussi puissent être incarnées.

L’illustration typique est le Rosaire Philosphorum, sur une série de planchettes alchimiques (8) nous pouvons voir un lion vert manger le soleil.

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http://www.venerabilisopus.org/

Il y a une autre symbolisation alchimique de la terre mère, donnant le sein à un enfant. Comme une mère donnant son lait pour nourrir le bébé, les plantes nourrissent les animaux et les humains avec leur propre matière. Ici, le lien avec les huiles essentielles est fort.

 

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https://www.labyrinthdesigners.org/

Il y a un lien direct, en tant que produit issu de l’énergie générée par la photosynthèse. Ces molécules légères emplies de ‘connectivité’ infusent l’air dans lequel nous vivons et nous unissent par la respiration.

 

Nous sommes programmés pour recevoir des molécules odorantes, nous avons plus de 900 gènes dans notre génome qui codent nos récepteurs olfactifs.

Nous avons des récepteurs olfactifs dans tous nos organes, dont les reins, le pancréas, la peau. Comme les neurotransmetteurs sont les molécules permettant la communication dans le corps humain, nous pouvons imaginer que les molécules aromatiques sont les molécules de communication entre toutes les différentes espèces d’un écosystème incluant les plantes et les humains. C’est comme si elles étaient les neurotransmetteurs pour des êtres plus grands, l’inconscient collectif, l’âme du monde.

L’une des plantes qui ressort vraiment comme pierre d’angle de l’édifice coagulatio est l’achillée (Achillea millefolium). Le sang est in symbole vivant de coagulatio et l’achillée gouverne le sang, le coagulant lorsque nécessaire. Matt Wood l’appelle, ‘le maitre du sang’.

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http://www.altheaprovence.com/blog/achillee-millefeuille-achillea-millefolium/

C’est toutefois l’énergie globale de l’achillée qui nous intéresse véritablement. L’achillée est un symbole pour le guérisseur blessé : Chiron doit accepter que ce soit depuis ses blessures que doit provenir la guérison.
L’achillée permet de définir des frontières sûres, en protégeant et en arrêtant l’effusion d’énergie. Tous ces aspects sont liés à l’étape coagulatio.
J’ai récemment mis la main sur un extrait de livres appelé ‘’Numen naturae : The magician’s wand’ un travail collaboratif des éditeurs Heartside qui fait le lien entre l’achillée et l’archétype du magicien reproduit dans l’une des arcanes majeurs du tarot.

J’ai commencé à y réfléchir.

L’achillée est une herbe centrale, multidimensionnelle, pleine d’opposés.
Personnellement, l’achillée est toujours présente et me ramène à chaque fois à moi-même physiquement, émotionnellement et spirituellement.
L’archétype du magicien est aussi plein de pôles opposés, et comme le voyage alchimique, son but, son rôle est la transformation.

L’achillée est toute indiquée pour nous accompagner dans ce voyage, nous aidant à accepter nos opposés pour qu’ils soient réunis. Le magicien et l’achillée nous aident à créer notre réalité physique en apportant de l’esprit dans la matière et en réalisant la force de l’intention.

La quatrième étape est sublimatio.

Elle est liée à la transformation de la matière en air par le processus de volatilisation. Sublimis, signifie aérien, élevé, exalté, haut.

Psychologiquement, ceci peut être perçu comme l’esprit s’élevant au-delà du corps pour être capable de voir l’ensemble avec le recul de la hauteur.

C’est une étape qui est encore une fois très liée aux molécules aromatiques des huiles essentielles et des hydrolats qui sont extraits pas le processus de distillation.

En fait, dans certains textes alchimiques, sublimatio fait référence à distillatio.

Dans le processus de distillation, la vapeur passe au travers de la plante, emportant avec elle les molécules aromatiques légères sous la forme de gaz et de vapeur, pour s’élever ensuite dans la tête de distillation puis dans le tube de cuivre menant au condensateur, pour être amené par le serpentin traversant de l’eau froide et être finalement rassemblé sous forme liquide ou solide.

Sublimatio peut nous aider à voir nos problèmes plus clairement et globalement.
Il nous aide à avoir le point de vue de l’aigle – le plus on vat haut le plus on voit.
Cela peut être d’une grande aide, mais il ne faut pas oublier que l’on ne peut rester indéfiniment dans cet état.

10437014_387298158085713_218275120346330687_nA cette étape, nous somme peut être capables de voir avec une plus haute perspective, mais nous ne pouvons agir. Nous devons revenir dans le corps pour être capables d’avoir une influence concrète sur la situation en cours. L’un des aspects négatifs de cette étape est qu’en état de dissociation due par exemple à des traumatismes, cela deviens une habitude d’y rester indéfiniment.

La sublimatio ultime est la mort, où l’âme est irréversiblement séparée du corps.

Aromatiquement, avec sublimatio, nous avons travaillé avec des ketones qui sont la fraction aromatique que l’on retrouve dans des plantes telles que l’armoise tridentée (Artemisia tridenta), l’absinthe (Artemisia absintum), l’armoise (Artemisia vulgaris), la lavande espagnole (Lavandula stoechas), l’hélichyse (Helichrysum italicum), la menthe poulliot (Mentha pulegium), les variétés de sauges (Salvia sp.).

Les ketones se trouvent en forte proportion dans les huiles essentielles de ces palntes et Il est intéressant de mettre cette famille moléculaire particulière en lumière, car dans le monde de l’aromathérapie, elle à eu beaucoup de mauvaise presse du fait qu’elle intègre beaucoup d’huiles essentielles pouvant être considérées comme ‘dangereuses’ ou ‘toxiques’ en cas d’ingestion à forte doses.

Ce qui fait son intérêt est de considérer ici cette famille pour ses atouts ‘énergétiques’.
Il n’y a donc pas du tout besoin d’ingérer où même de les appliquer.

Les respirer est suffisant dans ce contexte. Les plants riches en ketones portent souvent un voile blanc, reflétant leurs qualités énergétiques de n’être pas totalement incarnées.
Elles n’ont pas les nuances de vert que nous avons l’habitude de voir, mais tendent plutôt vers les blancs et gris, comme si emmitouflées dans un manteau. Le distillateur Laltz Hozze les appellent :’l’énergie anti matière’ et dis qu’elles, ‘nous élèvent de la simple existence physique, nous ouvrant à l’esprit et aux expériences spirituelles ‘(9).

L’auteur et aromathérapeute Jennifer Peace Rind dis qu’elles ‘diminuent physiquement, elles sont les désincarnatrices de Mère Nature’(10).

Il est intéressant de noter que nous-mêmes dans notre corps, avons une quantité de ketones plus élevée à mesure que nous avançons dans l’âge. Pourraient-elles subtilement préparer nos âmes pour la prochaine étape ? Beaucoup d’huiles riches en ketones sont utilisées traditionnellement dans les rituels et la méditation comme l’hysope qui a été utilisée pour nettoyer les plaies du Christ sur la croix. Les sauges et les armoises sont elles utilisées pour les fumigations et les nettoyages rituels religieux et d’introspection par différent peuples autour du monde.

Nous nous dirigeons maintenant vers l’étape appelée mortificatio.

De prime abord, ce pourrait être l’état comme étant le plus difficile à éprouver, du fait du sentiment d’obscurité, de défaite, et d’une forte sensation qu’une partie de soi est mourante.

C’est mon travail avec la nature et la permaculture qui m’a aidé à voir les aspects positifs de cette étape.

En étudiant les forêts comme structure de fonctionnement, nous pouvons voir de quelle façon la décomposition, la pourriture et les éléments sombres du processus sont aussi ce qui fournit l’humus, qui est la base d’où démarrent les nouvelles pousses de la forêt.
La mort et la putréfaction des matières animales et végétales qui tombent sur le sol des forêts créent un milieu (humus) couvrant, nourrissant pour les arbres et à partir duquel les graines peuvent germer.

L’agriculture moderne s’est fait l’écho des peurs que la société peut avoir de la mort et de la décomposition : Les désherbants et le labourage laissent la terre dénudée.
Ceci peut être constaté dans les différences entre la plupart des jardins et la forêt : Jung note dans Psychologie et Alchimie que :

‘’ un jardin est un endroit où la nature est domptée, ordonnée, sélectionnée et close. C’est donc un symbole de la conscience à contrario de la forêt qui est un symbole de l’inconscient, de la même façon qu’une île s’opposé à l’océan. En même temps, c’est un attribut féminin du fait de sa caractéristique d’enceinte’’.

L’étape où des parties de nous se meurent et se détachent est nécessaire dans le voyage intérieur.
Décomposition et putréfaction sont le yin du yang de la croissance.
Ensemble ils forment les deux moitiés d’un tout. C’est la fermeture de la boucle d’un écosystème naturel.

Psychologiquement, lorsque nous traversons cette étape, c’est ressenti comme très définitif, mais ce qui est en fait nécessaire de faire, est de se débarrasser des façons d’être dépassées : de contrôler. Cela peut être très effrayant quand nous entrons dans cette sombre étape.
C’est généralement un moment où nous avons besoins de changer les vieilles habitudes de comportement et les anciennes façons de faire pour laisser derrière tout ce que nous avons connu, nos anciens points de vue et nos façons de voir le monde.

La plante qui fait véritablement écho à cette étape est le Palo santo (Bursera graveolens).
Palo santo veut dire le bois saint en espagnol.

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Cet arbre résineux, natif d’Amérique du sud, a été utilisé pendant des siècles par les indigènes dans leurs rituels et leurs magies guérisseuses.

Le bois est traditionnellement utilisé dans les cérémonies en combustion et fumigation et c’est du bois que l’huile essentielle est extraite.

Pour que le bois ait tout son potentiel de soins, énergétiquement et en constituants aromatiques, il doit avoir été mis au sol et mort pendant dix à vingt ans.
Son constituant aromatique principal est le limonène (environ 58%).

Le limonène a été étudié et est connu pour son action anti microbienne pour les végétaux. Il est intéressant de noter qu’en plus faibles quantités, il agit en protégeant la plante des bactéries, des virus, des champignons et des insectes.
Mais une fois qu’il monte à de plus hautes concentrations, s’accumulant dans le Palo santo après être mort pendant des années comme les citrons qui mûrissent, il attire les pathogènes.
Dans le cas du citron, c’est pour l’aider à décomposer l’épaisse peau extérieure pour qu’il soit plus facile aux oiseaux et aux mammifères d’avoir accès à la pulpe et ainsi disséminer les graines.

Sur la base de ces informations, il semble que le Palo santo continue de produire du limonène des années après sa mort afin d’aider le bois très dur à se décomposer plus facilement et devenir une part intégrante du sol forestier se donnant lui-même.

J’ai découvert son huiles essentielles il y a quelques années et depuis, j’ai passé beaucoup de temps à travailler avec elle. De son bois en décomposition viens un arôme tellement emplis de lumière et de sagesse que ce peut être perturbant au début. Lorsque j’ai rencontré cette huile pour la première fois, j’ai été véritablement soufflée alors qu’elle balayait des parties de moi qui n’avaient plus besoin de s’exprimer et a fait de la place pour de nouvelles avancées.
C’est un arbre pour les guérisseurs, détenant les opposés une fois de plus dans ses effluves, du sombre pourrissement à la lumière prégnante de vie, de la douleur de la blessure à la joie de guérir, du détritus de la forêt à la graine et aux nouvelles pousses qui renouvellent la forêt.

Les notes suivantes viennent d’un groupe de méditation en communication avec Palo Santo en France. Je pense que ça aide réellement à mettre en lumière ces forces opposées qui sont si importantes dans le voyage alchimique comme elles sont exprimées par ce bois saint:

« Le plus nous allons vers le haut, le plus nous tombons vers le bas, le plus nous étendons vers l’extérieur, le plus nous nous rétractons à l’intérieur, le plus il y a de décomposition, le plus il y a de lumière, le trauma est le reflet pour la guérison, c’est le miroir de notre potentiel. Miroir total du potentiel de l’humanité, le plus nous trouvons l’immobilité, le plus nous évoluons, nous sommes le monde, le monde est en nous. Nous sommes minuscules, nous sommes immenses, nous sommes sur terre, nous somme dans l’univers en même temps. Ceci est le don. »

Comme le dit Jung dans son Livre Rouge : ‘’aucun arbre ne peut grandir au paradis si ses racines n’atteignent pas l’enfer’’.

La pénultième étape est séparatio.

J’ai personnellement eu les plus grandes difficultés à aborder cette étape.
Chimiquement, c’est l’isolement des composants de dissolutio par la filtration pour se débarrasser de tout composant sans valeur où inauthentiques.
Si l’on revient au processus de distillation des plantes pour faire les hydrolats et les huiles essentielles, une fois la distillation terminée, nous pouvons voir une separatio du subtil (les fractions aromatiques) du grossier (la matière végétale épuisée). Ce n’est qu’un type de séparatio.

Distinguer les différentes parties du soi, de ce qui est bon et ce qui fait l’ombre, de ce qui est éternel du passager ne peut advenir que quand on a travaillé à reconnaître tous les aspects de l’être en incluant ceux qui sont enterrés dans l’inconscient.
Ceci est entrepris dans les étapes avant separatio. Il y a un graduellement un approfondissement dans la vision que nous pouvons avoir de tous nos aspects qui nous composent.

Cette étape nous permet de faire la différence entre ce qui fait véritablement partie de nous et ce qui nous a été imposé par l’éducation, la culture et la société. C’est à ce moment que l’on commence à avoir conscience du besoin non seulement de se soigner soi mais aussi les traumatismes du passé et intergénérationnels.

‘’Ainsi, l’individuation signifie aussi séparation, différenciation et reconnaissance de ce qui vous appartiens et de ce qui ne l’est pas.’’

Marie-Louise Von Franz, Alchemy.

L’une des façons dont je commence à comprendre cette étape, incluant l’importance de l’identification et de réconcilier les opposés à l’intérieur de nous, était par l’observation des chromatographies des plantes avec lesquelles je travaillais.
J’ai réalisé que bien que certaines plantes soient chaudes et sèches comme le pin (Pinus sylvestris) par exemple, beaucoup d’autres contiennent des énergies opposées une fois que l’on commence à séparer les différents constituants volatiles.

Prenez par exemple le laurier (Laurus nobilis) : Si nous séparons ses principaux constituants aromatiques, nous avons des monoterpènes, des monoterpénols, des oxydes des phénols et des esters. Beaucoup d’entre eux ont des actions opposées. Par exemple, les monoterpènes sont asséchants, alors que les phénols et monoterpénols sont humides. Les esters sont relaxants, alors que les monoterpénols, monoterpènes et les phénols sont stimulants. Les esters sont refroidissants, pourtant les monoterpénols, monoterpènes et phénols sont réchauffant ou chauds. Les Oxydes sont électropositifs et les esters sont électronégatifs, etc.

Ces opposés travaillent ensemble pour former un tout. Ce n’est pas tout ou rien, mais un assemblage constitué d’éléments complexe et opposés.
Il en va de même pour nous psychologiquement, spirituellement et émotionnellement. La somme est plus grande que les parties apparemment contraires.

Séparatio est la reconnaissance de chacune de nos parties, sans nous laisser définir par elles. C’est encore plus vrai pour les traumatismes.
Une fois que les éléments sont séparés, vous n’êtes plus submergés ou possédés par eux.
Séparez les pièces dont vous imaginez être constitué, et vous aurez l’attention du point de vue d’un observateur, ce qui est différent de ces expériences qui devienne une partie de nous mais qui ne sont pas sous le contrôle de l’ego. Nous pouvons même devenir conscients de l’ego depuis une perspective qui est au-delà de l’ego.
Ce mouvement en dehors et au-dessus de l’ego, où pour le dire autrement, ‘prendre résidence dans une conscience au-delà de l’ego’ est la transformation essentielle de séparatio.

Une fois encore, l’achillée entre en jeux ici.
Cela prend finalement tout son sens qu’en tant que magicien, l’achillée nous accompagne au travers de chacune des étapes.

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http://www.altheaprovence.com/blog/achillee-millefeuille-achillea-millefolium/

Dans ses possibilités de soins du point de vue physique, c’est un atout majeur, mais il l’est aussi d’un point de vue spirituel et énergétique. L’achillée a un caractéristique separatio, ‘toujours partant, toujours avec nous’, nous guérissant sur plusieurs niveaux, rassemblant les opposés et nous rappelant que ce ne sont pas nos blessures qui définissent qui nous sommes.

C’est ainsi que nous arrivons à la dernière étape, conjunctio.

Nous ne devons pas oublier qu’il n’y a pas de but ultime, de fin.
Le voyage continue sous la forme d’une spirale infinie, alors que nous recommençons les étapes depuis notre nouveau point de vue évolué.
Cette étape finale peut être symbolisée par l’union de l’homme et de la femme dans la création d’un enfant.

A un niveau intérieur, ce peut être perçu comme le masculin intérieur où roi (la conscience, l’esprit, le soleil) et le féminin intérieur (corps, sagesse, âme, lune) s’unissant dans l’expression de l’essence réelle créatrice.
Une fois que l’on a franchi toutes les étapes, une fois que l’on s’est débarrassé de tout le futile, transformé ce qui pouvait l’être et identifié les différentes parties de nous qui nous constituent, nous obtenons un aperçu de ce que l’on ressent d’honorer cette unité, et d’occuper l’espace qui permet à l’Etre d’insuffler son essence dans le monde.
En phytothérapie, la synergie en est un bon exemple. La synergie est l’idée selon laquelle tous les différents constituants de plantes ou d’huiles essentielles constituent un tout. Même celles qui sont présentes en infimes quantités ont un rôle important à jouer. ‘Le tout est plus que la simple somme des constituants’.

Lorsque nous enseignons cette classe par un voyage intérieur de deux jours avec les essences, nous finissons par demander aux étudiants de formuler leur propres parfum botanique comme une représentation symbolique unique de conjonctio.

C’est toujours magnifique à voir, après un intense travail intérieur, la facilité avec laquelle chaque personne est capable de finalement créer sa propre signature aromatique. De voir comment certaines odeurs, que certaines personnes pensaient ne pas aimer, sont soudainement magnifiquement ajoutées à leurs parfums.
L’ombre est finalement acceptée et intégrée.

Une prise de conscience de ces étapes alchimiques dans le travail intérieur et dans celui entrepris avec des clients ou des étudiants, nous aide à réaliser que les émotions négatives et perturbantes qui surviennent ne sont pas une ‘mauvaise’ chose : elles sont une composante normale du voyage vers l’intérieur à la recherche du Soi et de son potentiel optimal.

Nous ne sommes pas condamnés à entreprendre ce cheminement seuls.
Si autorisons et nous nous ouvrons à la conscience végétale, un paysage magique pourra se révéler, où les plantes nous prennent par la main et partagent avec nous la sagesse qui réside derrière leurs formes

Bon voyage !!!

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References
(1) Florian Birkmayer, in preparation
(2) Michael Pollan – http://michaelpollan.com/media/
(3) http://www.iflscience.com/plants-and-animals/plants-can-hear-themselves-being-eaten/
(4) Witzany G, Plant Communication from Biosemiotic Perspective, Plant Signal Behav. 2006 http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2634023/
(5) Claude Lefebvre – Le livre des Plantes
(6) Ana Stasi Fennell “The mystery of Aquarius”

Les Huiles Essentielles par Cathy Skipper

Faire et utiliser les essences de fleur en pratique herbaliste

Méditer avec les plantes : Apprendre les soins par l’expérience directe

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Comment fonctionnent les soins à base de plantes : une conversation avec Guido Masé

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