Le côté obscur de la pratique

Crédit image :  LAS VEGAS 9/09/14 ETHAN MILLER

Le côté obscur des soins : Ou la consultation de patients avec de « mauvaises habitudes »

18-6-2015

Par Dave Meesters

Article originellement publié dans l’édition d’automne 2013 de Plant Healer Magazine.

Traduction avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Article original : Dark Medicines: On Seeing Patients with « Bad Habits »

Sur le site :  Medicine County Herbs Terra Sylva School

 

 

Alors qu’ils ont devant eux des patients qui usent de manière récurrente certaines herbes où substances problématiques comme le tabac, le café, l’alcool, le cannabis, où des drogues plus dures, la plus grande partie des herbalistes font les gros yeux sur de tels usages, où prennent une approche de « moindre mal » qui exagère les dommages que ces outils pourraient infliger.

Les praticiens plus avisés ne jugeront que si les substances sont susceptibles de contribuer au tableau des symptômes où aux déséquilibres sous-jacent qui apparaissent.

Mais, on peut généralement dire, qu’au mieux, les herbalistes communs tolèrent mais ne soutiennent pas l’usage de ces sombres médicaments.

Je crois, qu’en tant que soignants, nous pourrions avoir une approche plus holistique, plus subtile, mais pour y arriver il faut examiner la nature de l’équilibre, et notre définition de la santé.

Le concept d’équilibre est un élément fondateur des praticiens holistiques.

L’équilibre peut être utilisé comme un outil conceptuel pour évaluer, et guider nos interventions de santé dans la plupart des systèmes, qu’ils soient physiologiques, émotionnels, interpersonnels, écologiques ou autre. Au lieu de voir l’usage des drogues et herbes problématiques comme étant simplement un comportement dommageable qui pourrait idéalement s’arrêter, nous pouvons, je pense, de manière plus humaine et utile le voir dans le contexte d’une stratégie d’équilibre – dans ce cas, l’équilibre entre l’ombre et la lumière.

 

Les polarités d’ombre et de lumière sont aussi naturelles et évidentes que le rythme du jour et de la nuit.

Le jour est naturellement associé au soleil. l’obscurité et la nuit avec la lune. Sous les signes de lumière et d’obscurité, de solaire et de lunaire, s’imbriquent toute sortes de correspondances traditionnelles. Dans la lumière, le monde est visible, discernable, clair. En tant qu’humains, nous réalisons la majeure partie de notre travail productif le jour. Ainsi, la lumière, le solaire, représente ce qui est productif, clair, ordonné, rationnel, rassurant. D’un autre côté, dans l’obscurité, les exigences de la journée sont mises de côté, donc nous nous reposons. Notre perception visuelle est limitée et facilement trompée. Au lit, nous nous allongeons auprès d’autre corps. Endormis, nous rêvons. L’obscurité et la lune sont ainsi associés au mystère, l’imagination, le danger, la sensualité, l’intuition, la dissipation, et même la destruction. Un équilibre naturel émerge de l’oscillation et l’interpénétration de ces deux pôles.

 

 

D’autres associations généralement faites avec la lumière et l’obscurité sont moins primaires, et plus récentes historiquement. Elles incluent l’associations de la lumière avec ce qui est bon et positif, l’obscur avec ce qui est négatif et mal. Bon et mal, positif et négatif ne sont pas des polarités naturelles où originelles ; elles sont le produit d’une morale civilisée (et donc politique) .

La mort sanguinolente d’une proie sous les pattes où crocs de son prédateur pourrait bien être un « sombre » moment, mais nous ne pouvons, écologiquement parlant, l’appeler mauvais. Pourtant, toutes les morales inventées que je connaisse ont pris partis pour la lumière contre l’obscurité, déterminant dès l’antiquité un déséquilibre dangereux. Une fois que les hiérarchies politiques intégrèrent la productivité du travail sous le contrôle de patrons et de contremaitres, la liberté relative de la nuit, et de tout ce qu’elle comporte, est devenu un risque et une menace pour les dominants, qui en réponse ont dénigré l’obscur et minimisé son importance. Le mouvement bien nommé des Lumières a, depuis le 17è siècle, exacerbé ce déséquilibre, promettant à l’Europe de la sortir des ages obscurs de la superstition avec leurs idées de magie, par le développement de la raison humaine qui pénétrerait finalement les mystères de la nature (mettant une peu de « jour » dans tous ces sombres recoins). Cette raison humaine précisément, aidée par la technologie que ses sciences créeraient, a fait de la productivité et de l’accumulation solaire son dieu. Elle a inventé une machine pour la consommation de la Terre qui a fait de son mieux pour rendre l’humanité esclave de son objectif (1). La force sombre, mystérieuse, imaginative, tortueuse, animiste, diffuse et irrationnelle qui pourrait équilibrer cette cruelle logique de l’accumulation est négligée, voire réprimée.

 

Il est donc temps de se ré approprier l’obscurité et se déplacer vers un sain équilibrage de solaire et de lunaire. Ce qui me ramène à mon sujet. La médecine obscure, et un autre mot que j’aimerai me réapproprier : les poisons.

 

Que les poisons et les remèdes soient fondamentalement indissociables est un fait de l’art depuis longtemps reconnu. Paraclèse écrivit de manière célèbre que la seule différence entre un poison et un remède est le dosage. En remontant plus loin, le mot grecque Pharmakon, la racine de nombreux termes médicaux, peut de manière équivalente signifier poison où remède, se reportant à une sagesse ancestrale qui ne marquait pas de lignes franches entre les deux. Mais une notion plus significative – significative pour notre pratique herboriste- a besoin d’être fait ici : le poison est une porte d’entrée vers l’obscur. L’aspect empoisonné d’une herbe ou d’une substance est justement ce qui alimente la médecine lunaire, et globalement, la médecine lunaire est tout autant nécessaire que la solaire.

 

D’un point de vue polarisé, nous pouvons admettre que les substances problématiques ont un « côté clair » qui existe dans l’ombre d’un puissant côté obscur.

Pour le café, le côté clair est la vigilance et l’énergie ; le côté sombre peut être l’épuisement des surrénales. Pour l’alcool, du bon temps et de la relaxation sont le côté positif ; la cirrhose et la conduite en état d’ivresse sont négatifs. Le tabac peut paraître à certain de ne consister que d’aspects négatifs sans bénéfices substantiels. L’addiction et la dépendance sont de sombres aspects possibles pour chacun.

 

En tant qu’herboristes, il nous est de manière commune, sinon subliminale, enseigné d’éloigner nos clients de substances avec un côté obscur aussi puissant que ceux-ci. Mais en faisant cela, nous échouons à percevoir qu’a travers cet usage obscur, le consommateur se connecte à toute l’autre moitié sombre de la vie. L’utilisation de substances obscure fait donc partie d’une stratégie plus vaste pour réactiver un équilibrage des énergies lunaires dans un monde voué au solaire. Les utilisateurs poursuivent une notion plus large de la santé en recherchant l’ombre pour équilibrer la lumière. Bien sûr que c’est logique de ne pas fumer de tabac, mais dans l’ombre, tout n’est pas si logique, et nous avons besoin de l’ombre aussi. (2)

 

Ce que j’appelle poison, ce sont ces éléments qui nous permettent un accès tout prêt au côté obscur. La définition commune de poison en tant qu’agent de destruction pure et simple, transmet quelque chose d’essentiels au sujet des poisons : Leur capacité à nuire tout en échouant de livrer leur rôle positif dans le pilotage d’équilibre entre lumière/obscurité.

Je voudrais me réapproprier le terme de poisons, avec défiance contre ceux qui voudraient le voir comme essentiellement négatif, pour évoquer un substrat de remède toujours utile bien que risqué et volatile.

 

Les poisons accommodent le côté obscur nécessaire de deux manières:

Premièrement, ils induisent un état de conscience lunaire : ébriété, hallucination, vision poétique, impulsivité, émerveillement extrême, engorgement où dérangement des sens. (3)

Deuxièmement, et de fait pas complètement discernable du premier, leur nature (intoxicante) toxique : Gueule de bois, nausée vomissements, accès de terreur, malaise, dépendance, manque ect.

Ce second ordre de l’obscurité est ce qui fait des poisons une immense épreuve, un défi, quelque chose de difficile à survivre.

De nos jours, les gens pourraient dire que la vie nous gratifie de suffisamment d’épreuves sans que nous ayons à en rechercher de supplémentaires.

Mais la vérité est que le fait d’affronter délibérément une épreuve, souvent dans le but d’une évolution spirituelle, est encore plus anciens que ce que l’histoire peut nous relater.

Dans le contexte shamanique, ces épreuves peuvent comprendre des jeûnes extrêmes, où des traversées solitaires dans la nature sauvage, mais elles peuvent tout autant être catalysées par l’usage de poisons. Que ce soit un affrontement simultanée  de la substance empoisonnée et de l’épreuve, comme dans le cas d’une cérémonie au peyotl, où par des doses intermittentes sur un temps rallongé, comme le font les fumeurs de tabac qui inhalent leurs épreuves une cigarette à la fois, dépend de l’usager, du poison, de l’intention, et du contexte culturel.

Le but de l’épreuve shamanique traditionnelle est l’initiation d’un genre de personne tout à fait particulière : le shaman.

Mais plus globalement et démocratiquement, la plus grande partie de notre évolution spirituelle en général- notre force de caractère, notre compréhension profonde- est forgée dans les feux des tourments des épreuves. L’épreuve engendre les remèdes lunaires sous les formes de la subtilité, de la flexibilité, de la sagesse, du sens de l’humour et de la vision créative. Ceux qui ne trouvent pas de manières (empoisonnées ou non) de développer leur côté lunaire souffrent fréquemment du manques de ce qualités humaines si importantes. Comme le dis un vieux dicton alchimique : « pour que les branches d’un arbre atteignent le paradis, ses racines doivent atteindre l’enfer. »

 

Il pourrait m’être opposé que le maillon faible de mon soutiens aux poisons , et ce qui manque à nos usages plus contemporains de poisons disponibles dans notre pratique herboriste, est la capacité d’intention : l’intention claire et consciencieuse sont les garants d’une pratique durable et saine, alors qu’un usage immodéré où inconscient, plus commun, fait pencher l’équilibre, toujours fragile, vers une utilisation de ces substances véritablement dommageable et addictive.

Je reconnais qu’une relation qui est engagée sur des bases claires et en pleine conscience est la plus sure et la plus bénéfique au long terme, équilibrant dans les faits l’énergie lunaire empoisonnée avec la responsabilité, la clarté et la vigilance solaire. Mais je ne sous estimerai pas la puissance d’un allié empoisonné pour délivrer un véritable bienfait, bien qu’obscurément mystérieux, à l’utilisateur, quel que soit leur état d’intention où d’appréciation.

De même, la logique et l’intention profonde d’une personne ne sont souvent pas toujours pleinement conscient ou en possibilité d’être communiqués par cette personne à ce moment donné.

Nous devons laisser de la place à l’éventualité de ce qui peut apparaître comme de l’auto destruction aujourd’hui, mais pouvant se révéler être une étape vers une voie juste et rigoureuse en fin de compte. D’autant plus que dans le contexte de beaucoup de vies modernes, l’intention est un luxe que tout le monde ne peut se permettre. Il est toutefois de notre rôle d’herboriste  dans notre relation au client de leur donner la force et l’autonomie de leur propre bien être, de les aider à avoir une démarche d’engagement actif, responsable et d’intention en conscience.

Si nous pouvons faciliter l’émergence de telles intentions concernant l’usage de poison par nos clients, alors, leur propres capacités intérieures pour naviguer entre les différents équilibres dans leurs vies – lumière, obscurité, où autre- sera bénéfique.

 

Avec ces principes à l’esprit, j’aimerais proposer quelques astuces pratiques, distillées par mon expérience, issues de mon travail avec des clients utilisant des substances dangereuses.

 

  • -Le respect de la légitimité essentielle de l’usage d’un poison: J’espère avoir suffisamment damé la piste pour ce principe des plus basique.
  • -Plus précisément, ne pas supposer, en l’absence d’autre preuves, que la personne est imprudente, immature, sans éducation, moins évoluée, faible, négligente de sa santé, qu’elle n’a pas de limites, qu’elle est possédés par des démons, qu’elle utilise des drogues comme des béquilles, où qu’ils tentent de « remplir un vide » dans leur âme ou bien où que ce soit, s’ils usent de remèdes violents.
  • -Se souvenir que quelque chose de précieux est perdu à chaque fois qu’une personne finis sa relation avec une drogue, quels qu’en soit la nécessité où le bénéfice.
  • – Evaluer son expérience et ses capacités en tant que praticien: Si vous n’avez jamais ressenti ce qu’il y a de sublime à fumer une cigarette, combien on peut se sentir vivant dans l’ivresse, où la sensualité d’une défonce à la beuh, alors il se peut que vous ne soyez pas le bon praticien pour quelqu’un dont le besoin de santé est rendu compliqué  par ces pratiques.
  • – Se souvenir que d’avoir une attitude positive et sans jugement concernant les poisons incite le client à être complètement honnête et ouvert avec vous concernant ses usages passés et actuels. D’importantes informations peuvent nous êtres perdues – et donc ne peuvent être utilisées au bénéfice du client – s’il ne se sent pas à l’aise pour discuter de ces aspects de sa vie avec nous.
  • – Etre informé de la théorie et de la pratique connues sous le nom de « moindre mal ». Moindre Mal est une philosophie et un ensemble d’usages qui plaide pour une approche du traitement de l’utilisation de substances plus humaine, centrée sur la personne non coercitive.
  • Bien que souvent étant presque à valider les vertus de l’utilisation de poisons, Moindre Mal encourage une attitude sans jugement et suppose que le client sait ce qui est le mieux pour lui, en intégrant le moment d’arrêter et quand continuer l’usage. Les praticiens de Moindre Mal se concentre à diminuer les méfaits que peut causer la drogue (dans le corps, la famille, la communauté, etc.) et soutiens le bien-être général des patients.
  • -Conserver l’utilisation de poisons dans votre plan de soins si le patient a l’intention de continuer.

Tous nos outils (herbes, compléments, régimes, exercices) peuvent aider et diluer les effets nocifs de l’utilisation de substances. Si une aide matérielle est impossible ou non désirée, un soutiens émotionnel et énergétique peut toujours être proposé. Parfois ce n’est pas le praticien mais le patient à qui l’on doit rappeler que ces puissants remèdes sont effectivement précieux et nous avons la chance de pourvoir travailler avec. Le jugement et la honte culturelle associée aux drogues peu amener le plus fervent praticien à sous évaluer ses outils et à ne pas les prendre au sérieux.

 

  • -Tenter d’évaluer si le patient est en « auto médication » : s’il utilise un poison en partie pour pallier une condition qui peut être résolue par un usage herboristique standard. Par exemple : utiliser du cannabis pour la douleur chronique ou l’anxiété, le café pour la dépression, la fatigue où la constipation. Si c’est le cas, il est possible de gérer ces conditions en utilisant des moyens standard, laissant au patient la responsabilité de réévaluer sa relation avec son poison. Néanmoins, évaluer si un patient est en auto médication peut être compliqué. Il n’est pas toujours efficace de simplement demander. Certaines personnes n’ont pas conscience de la dimension thérapeutique de leur usage de drogue quand elle existe. D’autres se précipiterons pour déclarer qu’il s’auto-médicamentent parce que ça tendrait à légitimer un usage qui, sous un autre éclairage, leur ferait ressentir de la honte où du jugement, déformant ainsi la véritable situation. Une telle distorsion peut même être inconsciente. Il est du rôle du praticien d’être sensible et à l’écoute des indices indiquant sil l’auto médication est un facteur aggravant. Il faut se souvenir qu’un poison utilisé partiellement comme remède est toujours un point de contact avec le côté obscur vital. Si il est remplacé par un remède bénin, ce point de contact sera perdu. Quelque chose d’autre pourrai t’il s’engouffrer dans le vide ?
  • -Informer honnêtement le patient si vous croyez que leur usage de poison impacte négativement leur santé, plus spécifiquement si les impacts sont liés à leurs demandes de soins premières. Faites-le avec respect. On peut généralement supposer qu’un patient est conscient des risques au long terme associés à une herbe comme le tabac ; dans d’autres situations on peut se sentir obligé de les rappeler. Ce dont ont fréquemment besoin les patients est que l’on rende clair les liens entre les poisons et leur défaillance de santé immédiat.
  • -Ayez confiance et soutenez le patient s’ils désirent abandonner où diminuer leur utilisation. Quel que soit l’idée que l’on se fait de la valeur d’une substance, si une personne ressent qu’un outil ne les aide plus, où qu’il est temps d’en changer, ce choix doit être respecté et soutenu avec nos outils et référence adaptées d’herboristes.

 

Seulement quelque modifications à cette trame viennent à l’esprit.

  • Premièrement, parfois une personne n’a pas envie d’arrêter, mais sent qu’elle n’a pas le choix. Si vous voyez des alternatives possibles à l’arrêt que le client ne voit pas, vous pourriez les présenter à sa considération.
  • Deuxièmement, je me méfie de la tendance de certains à alterner entre des périodes de surdose et de purge. La fiabilité de la stratégie est discutable : Il est difficile de trouver l’équilibre entre les extrêmes, et la psychologie de surdose/purge est en fait intriquée avec la honte puritaine et auto-dépréciative qui rend difficile  d’avoir une relation saine avec des poisons intoxicants. Le postulat semble être qu’un corps sain « propre » est pur de tout « contaminant » et ne doit pas toucher de poisons. Un client dans cette phase peut exprimer un désir de détoxification, d’abstinence de tout genre de choses, de plus d’exercices, de yoga, de méditation, etc. De l’autre côté, vu qu’il n’y a pas de juste milieu, la moindre indulgence accidentelle (où par addiction) ne peut être justifiée de manière assez perverse, que par l’abandon de tous les soins et en sur dosant irrémédiablement, comme si pour prouver que l’échec est inévitable et total, où que rien n’a finalement d’importance. S’en suit généralement des remords, installant les conditions nécessaires pour une autre purge et ainsi de suite. Si cette trame viens en évidence, il peut être d’une grande aide de la traiter. En général, pourtant, il faut supposer que le patient sait le mieux quand il veut changer sa relation avec une substance.

 

Quand un client veut arrêter où diminuer leur usage, il existe plusieurs façons de les soutenir. Ces quelque pistes proviennent de ma pratique.

-Ayez une conversation au sujet du timing. J’avais une fois un client que j’aidais avec une intense dépression hivernale. Au milieu de sa mauvaise saison elle s’obstinait sur son habitude au tabac comme point central de son malaise et était décidée à arrêter. Super, sauf que son timing ajoutait de nouvelles difficultés à la situation. La négativité qu’elle dirigeait vers sa dépendance venait défier son estime d’elle-même durant sa période la plus vulnérable. Elle avait aussi sous-évalué le fait que le tabac est un ami proche et un compagnon fiable, un point d’encrage durant la nuit obscure de son esprit. Je lui ai demandé de considérer l’opportunité d’attendre pour arrêter de fumer jusqu’à ce qu’elle soit plus forte, plutôt que de compliquer, et éventuellement exacerber, sa dépression en testant sa volonté, traversant des périodes de manque, et jetant sa béquille à un moment où marcher sans aide ne coulait pas de source. Elle acceptât, et en fait paraissait soulagée que je lui ai « donné la permission » d’attendre.

C’était un paris risqué car la nature quelque peu sinistre et drainante du tabac résonnait avec la dépression de mon client, mais il paraissait logique d’essayer et de séparer les deux. Elle pris sa décision, sachant que je la soutiendrait dans tous les cas, et elle était contente de son choix.

 

-Proposez d’autre activités du « côté obscur ». Certaines personnes se laissent aller au poison comme une réponse à l’intrusion d’un trop plein d’énergie solaire productive ordonnée et rationnelle dans leur vie. Je le vois souvent chez les gens dont la vie exige énormément de sobriété, de prévisions, de productivité, et de responsabilités envers les autres. Travail à plein temps où plus dans un métier de haut vol, être parent, des études intensives, tenir une maisonnée, prendre soins de proches malades, où une combinaison de tout cela est commun.

A la fin de la journée, avec les travail accomplis, les enfants au lit, il est temps de se déchirer. Certain n’attendent même pas si longtemps.

Parfois pour nous, leur vie peut nous paraitre pas si exigeante par rapport à d’autres.

Et pourtant ils ont besoin de ce fix lunaire dans un monde solaire.

Ce pourrait être un bon moment pour suggérer d’autres pratiques pour orienter une personne vers le côté sombre de la vie qu’ils recherchent. L’art, la magie, la spiritualité, l’exploration de sa sexualité, les états de transe, le rêve éveillé, la danse extatique, décaler ses horaires, voyager de nuit, et le jeu tout simplement en général implique beaucoup d’énergie lunaire satisfaisante sans la plupart des risques inhérents à l’usage des substances. Si une personne fait déjà tout cela et a toujours un problème avec ses poisons, alors ils sont peut-être de par leur constitution des guerriers lunaires vivant de manière déséquilibrée, s’appuyant trop sur leur forces natales (comprenez faiblesses). Ces patients ont besoin d’une médecine solaire, bien que la démarche ne leur vienne pas aisément.

Notre travail de soins en tant qu’herbalistes peut commencer avec les désordres physiques de nos clients, mais nous découvrons rapidement que de grandes forces entrent en jeux lorsqu’on travaille de manière holistique.

Reconnaître et soutenir les besoins pour un côté obscur vital pourrait rendre nos métiers d’accompagnateurs de santé corporelle radieuse plus difficile, mais à long terme cela permet de satisfaire plus profondément les besoins de nos clients, et d’être des soigneurs d’un autre genre – guérisseur de la faille entre lumière et obscurité.

« tout est poison, rien n’est poison. »  Theophrastus Bombastus von Hohenheim aussi connu sous le nom de Paracles

 

  • (1) On peut noter que cette image d’excès solaire dans un système extrême est en fait bien sombre et effrayant. Ce n’est pas une contradiction : nous voyons souvent que les extrêmes de lumière donnent naissance aux extrêmes obscurs et que les deux se lient. Ainsi, l’apparente opulence et luxuriance du capitalisme américain (l’excroissance basique d’un processus solaire) est soutenu par une pratique aussi noire que la torture. Une lumière pathologique et déformée va engendrer une obscurité également déformée dans son équilibre miroir. Ceci peut être à rapprocher d’une philosophie taoïste, où vous trouvez du yin dans les profondeurs du yang et vice-versa, symbolisé dans l’image familière des points noir et blanc apparaissant dans les couleurs opposées.
  • (2) Au niveau le plus ésotérique, l’équilibre lui-même doit être équilibré par un déséquilibre, laissant justement nos vérités les plus profondes sur la croix d’un paradoxe.
  • (3) Certains, bien sur le sont plus que d’autres. Le café en particulier a un fort aspect solaire, notoirement compatible avec l’insatiable exigence du capitalisme pour le travail, bien que ce soit par d’autres aspects un sombre remède.

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